JEANCRISTOPHE

INTERVIEW DE JEANCRISTOPHE

 

Quatre ans après (jour pour jour !) L comme lui, votre premier album, vous sortez aujourd’hui Ma vie en rose, votre deuxième opus. Comment le présenteriez-vous ?

Je dirais qu’il est Rose. Rose et « pop », même si toutes les chansons ne rentrent pas forcément dans la catégorie qu’on associe habituellement à cette dénomination.

Et qu’entendez-vous alors par « pop » ?

Toutes les chansons de l’album me semblent prendre racine dans une culture commune à tous, une culture populaire, que ce soit la pop des années 80, la variété plus actuelle, l’univers gainsbourien, celui d’artistes décalés mais connus du grand public comme Katerine ou Brigitte Fontaine, ou encore les génériques de dessins animés… et même les marches militaires. C’est en ce sens que je dirais que « Ma vie en rose » est pop. Pop et rose.

Une rupture radicale avec L comme lui !

C’est vrai que ce premier album avait quelque chose d’expérimental, et que sa partie lumineuse a apparemment été occultée par le côté obscur et sombre qui s’en dégageait (rires). Disons que le premier album était celui qui devait sortir en drainant avec lui ce qui n’avait jamais trouvé de place publique pour s’exprimer. D’où un univers assez introspectif. Ma vie en rose, c’est une fois la tête sortie de l’eau. Et l’air y est bon, sain, frais, propice à la joie. Dans la forme, il ne fait aucun doute que ce nouvel album est beaucoup plus ouvert, beaucoup plus destiné à être partagé par le plus grand nombre.

C’est la raison pour laquelle vous avez souhaité travailler avec Vincent-Marie BOUVOT ?

L’idée de travailler avec un réalisateur s’était imposée depuis quelques temps. Le premier album était très décalé. Mais parfois, les décalages se télescopaient, et s’annihilaient, déroutant parfois trop l’auditeur pour l’amener à entrer dans l’univers que je proposais. Pour ce nouveau disque, j’avais envie d’ouvrir la porte. Il fallait donc baliser davantage le propos et recentrer l’attention de l’auditeur, même si ce n’est que pour mieux le dérouter ensuite. C’est Maxime qui m’a parlé de Vincent-Marie. Et ce qui m’a plu, avant même de le rencontrer, c’est son parcours et son ouverture. Il est passé par le Conservatoire de Paris, en classe d’électroacoustique, et parallèlement, il jouait du rock progressif, en tant que violoniste ou claviériste. Par ailleurs, il composait des chansons pour Elsa, il a écrit « Eve lève toi » de Julie Piétry (et c’est quand même pas rien !), réalisé deux albums de Zazie. J’aime cet espace qui naît entre les pôles « musique savante » et « musique de variété populaire », le courant qui en découle. Ca m’a tout de suite attiré.

Et comment s’est passée cette collaboration ? Etait-ce facile pour vous de laisser Vincent-Marie s’emparer de vos chansons ?

Plus facile que ce que je pensais. Et surtout, plus facile que ce que tout mon entourage aurait cru (rires). Je m’étais donc donné comme ligne de conduite de le suivre dans ses choix. Je n’avais de toutes façons pas envie de travailler avec quelqu’un qui fasse ce que j’aurais fait, ou qui fasse ce que je lui dise de faire. Et si tel avait été le cas, ce n’est pas avec Vincent-Marie qu’il aurait fallu travailler (rires). Et puis j’avais envie que l’album m’échappe, sorte de moi-même. Sur le premier, j’avais tout enregistré, mixé, joué, réalisé tout seul. Sur celui-ci, une trentaine de musiciens au total sont venus jouer, Natacha (Tertone) est venue chanter, tout comme Stefan (Corbin), les prises de son ont été réalisées par cinq ingénieurs du son différents. Cet album est ouvert. Et j’adore cette sensation d’espace qui en émane. Mais il était indispensable que la réalisation en soit confiée à quelqu’un qui sache tenir les rênes, qui sache recentrer les discours sur l’essentiel, qui sache trancher, qui sache décider, envers et contre moi (rire). Quoiqu’il en soit, outre le côté professionnel, cette rencontre est une belle aventure humaine, forte, élevée, et riche, de celles que j’aime.

Voyez-vous vraiment la vie en rose ?

Cet album, c’est « ma » vie en rose. C’est bien-sûr un regard rose sur la vie, mais c’est aussi la face rose d’une vie qui n’est pas forcément que rose. Et puis « rose », c’est aussi la fleur, et cette fleur symbolise l’amour, ainsi que l’épanouissement, la renaissance. Ces ingrédients me semblent être la matière première de l’album. Bien-sûr, avant de renaître, il faut mourir. Donc, forcément, la mort et l’autodestruction sont très présentes aussi.

Ces thèmes sont ils « autobiographiques » ?

On m’a dit il y a peu que les trois pierres angulaires de l’univers dans lequel j’évolue sont l’amour, la mort, et les garçons… d’une certaine manière, ce sont mes préoccupations majeures dans la vie (rires). L’amour et la mort, c’est, il est vrai, un grand classique. L’amour est évidemment le thème central de tout. Mon dernier livre, I IL II L, se termine par « Et j’aime » (tant pis pour ceux qui ne l’ont pas lu -rires…-). Et je ne crois pas avoir jamais rien écrit ou composé qui ne soit inspiré par l’amour (ou le manque d’amour, ce qui revient au même).

En ce qui concerne la mort, je constate effectivement qu’elle est très présente dans ce que j’écris, et pourtant, je ne me sens pas morbide du tout, et j’aime la vie. Je crois qu’en première intention, j’associe la mort à la renaissance. Sûrement parce que mon histoire m’a amené à détruire et tuer l’individu que j’étais devenu afin de laisser renaître celui auquel ce dernier s’était substitué. En ce sens, la prégnance de la mort, comme passerelle vers la renaissance, est autobiographique. Mais pas de manière figurative, ni consciente d’ailleurs.

Et les garçons ?

Ils me fascinent.

D’où beaucoup de chansons gays dans l’album !

Je ne sais pas ce que signifie une « chanson gay ». Quand on me dit que Obsession, dans laquelle je répète à chaque refrain : « Je n’ai qu’une obsession, c’est les garçons », est une chanson gay, je réponds que je n’ai jamais entendu dire que « J’aime les filles » de Jacques Dutronc, ou « Femmes je vous aime » de Julien Clerc sont des « chansons hétéros ». Les amours dont il est questions dans ce disque sont essentiellement des amours de garçons pour d’autres garçons, mais l’homosexualité n’est pas le sujet. Je n’ai rien à dire sur l’homosexualité. Du coup, je ne sais pas si on peut qualifier mes chansons de « gays ».

Natacha Tertone est très présente sur ce disque.

Oui ! Et j’en suis ravi. Au début, elle ne devait intervenir que sur le duo Là et maintenant c’est tout. Et les choses ont fait que sa présence s’est imposée sur Nature boy, et sur Boys addict. Outre tout ce qu’elle apporte par sa voix, et par son intelligence intuitive à sublimer le sens de ce qu’elle interprète, Natacha est pour moi un peu comme une muse. Elle m’a réellement ouvert les oreilles et la tête, lorsque nous avons enregistré son premier album. Et, un peu plus tard, elle a juste participé à m’ouvrir à la vie. Je suis très très heureux qu’elle soit si présente sur l’album. Et j’espère que ce n’est qu’un début.

Que peut-on vous souhaiter ?

De l’Amour. What else ? Quant au disque, j’aimerais vraiment qu’il trouve un public. J’aime cet album et je ne lui connais pas d’équivalent. Je crois vraiment qu’il a une place à prendre, et un public à trouver. J’espère qu’une maison de disque se joindra à nous dans cette aventure. Et j’espère que cet album permettra à Vailloline de se développer, et de mener d’autres aventures, avec plein de gens motivés qui rejoindraient la petite équipe ultra-motivée que représente Maxime !

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